Euro : la France dans le mur  (International) posté le jeudi 19 juin 2008 16:26

La forteresse bleue n'a pas tenu le choc du haut niveau


Deux jours après le dernier fiasco en date, la France panse et pense ses plaies. Beaucoup de choses ont été dites et Domenech en a pris largement pour son grade. Ce blog avait déjà anticipé une élimination (voir article précédent) avant la dernière rencontre en revenant sur l'ère Domenech. Le sélectionneur français récolte aujourd'hui tout ce qu'il a semé et malheureusement pour lui et pour nos Bleus, la récolte est perdue et le mot gâchis à propos du potentiel France reste le meilleur qualificatif approprié à cette piètre prestation d'ensemble.

Car c'est un collectif qui a failli et non seulement un homme même si ce dernier a dérapé lors de sa communication ultime juste à la fin du match manquant de discernement et de respect vis-à-vis du football français dans son ensemble. Je condamne malgré tout l'acharnement très dur de certaines personnalités dont on sent des rancoeurs personnelles rejaillir. Car Domenech a eu et entretenu ses inimitiés fortes. Protégé au départ par l'institution, celle-ci est son dernier recours pour l'amener à poursuivre sa mission jusque la Coupe du Monde 2010. Cependant, ses erreurs tactiques sur et en dehors du terrain sont réelles. Si les joueurs sont sur le terrain et sont directement concernés par ce fiasco, le chef d'orchestre ne peut se mettre à part tout en continuant de clamer qu'il n'y a pas eu d'échec mais une simple déception. Reconnaître ses erreurs me paraît la moindre des choses même si les justifications peuvent dans le détail rester dans le secret des gens concernés. Préparation, liste des 23, organisation tactique, changement en cours de match, communication, repli totalitaire du groupe, blessures : tout est à analyser et le sélectionneur et son staff doivent comprendre pourquoi.

Malgré tout, le football est un sport de détails au cours d'une rencontre. Evidemment, ce n'est pas le hasard qui prime mais force est de constater que la gestion d'être tombé dans le groupe de la mort a depuis longtemps mis une pression supplémentaire qui aurait dû être soulagée dès l'entame face à la Roumanie. Là encore, le fil conducteur de ce groupe (Roumanie, Pays-bas, Italie) a au final été fatal aux Bleus dès lors que ceux-ci ont été amorphes contre les Roumains. Jouer la Roumanie d'entrée était un cadeau pour se chauffer que Domenech et les Bleus ont transformé en piège qui s'est doucement refermé. Après la victoire heureuse des Pays-Bas contre l'Italie (premier but hors-jeu de Van Nistelrooy+deux contre attaque cinglantes), les trajectoires se sont installées. Les Italiens se devaient de réagir contre la Roumanie mais en souffrance (but refusé à Toni pour hors-jeu inexistant), la Squadra Azzurra se sauve grâce à Buffon (pourquoi n'a-t-il pas été élu Ballon d'Or???!!!!) en stoppant le pénalty de Mutu. La Roumanie laisse passer sa chance, l'Italie en obtient une inespérée et voilà le changement de mentalité et de confiance qui opère. Les Bleus en connaissance de cause, car jouant après, avaient encore tout en main pour eux aussi retourner la confiance à leur avantage. Mais l'arbitre ne vit pas la main de Oijer (pénalty, carton rouge), détail qui a des conséquences fâcheuses. Evidemment, Henry aurait dû mettre son lob et la France ne pas encaisser autant de buts mais le football se nourrit de détails de ce genre. La force de caractère des Italiens va alors payer face à celle des Bleus lors de l'ultime match alors que les Roumains s'effondreront au moment de conclure face à l'équipe B des Pays-Bas, à la confiance au TOP. Si de nouvelles péripéties jouèrent sur la rencontre France-Italie, la mentalité et la confiance de tout un groupe a permis de faire la différence. En sortant les cadres de cette campagne de qualification, décriés et dénoncés souvent à juste titre (Thuram, Sagnol, Malouda, Anelka), ou un capitaine blessé (Vieira), Domenech a fait des options...perdantes indéniablement. De plus, depuis la Coupe du Monde 2006 et l'arrêt de Zidane, Ribéry est devenu l'unique moteur de jeu. En se blessant, il laisse un vide dans le jeu de cette équipe mais aussi mine le moral déjà vacillant des Bleus. De l'équipe vice-championne du Monde, après l'expulsion d'Abidal, il ne restait que Makélélé, Henry, Gallas voire Govou...tout est dit. Aux détails avérés des pérégrinations de ce groupe de la mort où le calendrier, les erreurs d'arbitrage, la confiance d'une équipe et la mentalité d'un groupe, s'ajoute une gestion hasardeuse.

Dernière de ce groupe de la mort, éliminée de la course au titre, meurtrie en son sein, la France a balayé une bonne fois pour toute l'héritage des années 98/2000 qui en réalité n'existe plus depuis longtemps. Les supporters ont me semble-t-il beaucoup de mal à soutenir une sélection stéréotypée et caractérisée par une défense absolue.

L'ère Domenech sous l'angle des résultats:

Au cours de l'année de la prise de pouvoir de Domenech, souvenez-vous des résultats : Bosnie (1-1), Israel (0-0), Féroé (2-0), Eire (0-0), Chypre (2-0), Pologne (0-0), Suède (1-1), Suisse (0-0), Israel (1-1), Hongrie (2-1).
Et puis le retour de Zidane-Thuram-Makélélé (dont Domenech ne voulait pas) donna la suite jusqu'à la Coupe du Monde 2006 : Côte d'Ivoire (3-0), Féroé (3-0), Eire (1-0), Suisse (1-1), Chypre (4-0), Costa Rica (3-2), Allemagne (0-0), Slovaquie (1-2), Mexique (1-0), Danemark (2-0), Chine (3-1), Suisse (0-0), Corée du Sud (1-1), Togo (2-0), Espagne (3-1), Brésil (1-0), Portugal (1-0), Italie (1-1).
Puis retour de Domenech au pouvoir avant l'arrêt de Zidane: Bosnie (2-1), Georgie (3-0), Italie (3-1), Ecosse (0-1), Féroé (5-0), Grèce (1-0), Argentine (0-1), Lituanie (1-0), Autriche (1-0), Ukraine (2-0).
Changement de clubs pour plusieurs joueurs cadres (Abidal, Malouda, Henry, Anelka, Ribéry) :  Georgie (1-0), Slovaquie (2-1), Italie (0-0), Ecosse (0-1), Féroé (6-0), Lituanie (2-0), Maroc (2-2), Ukraine (2-2), Espagne (0-1), Angleterre (1-0), Equateur (2-0), Paraguay (0-0), Colombie (1-0), Roumanie (0-0), Pays-Bas (1-4), Italie (0-2).

Fais le bilan calmement:
- Domenech au pouvoir : 3 victoires, 7 nuls, 0 défaite (9 buts marqués - 4 encaissés);
- Retour des anciens : 12-5-1 (31/9);
- Année post-Coupe du Monde : 8-0-2 (17/4);
- 2007/08 - Changement de clubs pour les cadres : 7-5-4 (20/13)


Le bilan est plutôt positif sur l'ensemble même si les résultats bruts ne reflètent pas la qualité des matchs, avec pour exemple TOUS les matchs des Bleus sur l'année 2008. Le retour des anciens a été clairement salvateur mais le changement de clubs pour certains cadres de l'équipe de France a été difficile et a joué un rôle évident car ces changements ont été marqués par des blessures (Vieira, Henry), des prestations peu terribles (Abidal, Thuram) voire des mises sur le banc (Malouda, Anelka). Avec le recul des prestations et de l'état de forme, aligner une défense Abidal-Gallas-Thuram-Sagnol à l'Euro aura été une erreur qui a fait en partie déjouer les Bleus face à la Roumanie (manque d'ambition offensive dans les consignes pour ne pas mettre en difficulté notre ligne arrière) qui a fini par exploser contre les Pays-Bas pour finir par une arrière-garde contre l'Italie composée de Evra-Abidal-Gallas-Clerc complètement remaniée qui a été laminée par les appels plein axe de Toni pourtant peu rapide. Paradoxalement, le tandem ulta-défensif au milieu de terrain Makélélé-Toulalan a été à la hauteur. Les absences de Clichy, Sagna et Mexes semblent alors incompréhénsibles autant que l'association dans l'axe de Gallas et d'Abidal qui n'avait jamais été alignée!

Les explications sont nombreuses, et bizarrement trop. Si je reste persuadé que le football peut se jouer, malgré toutes les analyses possibles, sur un détail (but refusé, blessure, pénalty oublié, frappe déviée, etc.), la France concentre trop d'approximations pour s'en contenter pour excuses. N'oublions pas que l'Italie a été privée de Canavarro, a pris une fessée contre les Pays-Bas, a subi deux grossières erreurs d'arbitrage à des moments clés de leurs deux recontres, avait le même match couperet que la France et n'était pas plus performante. La différence pourrait cependant être un détail, bonifié par un joueur exceptionnel, la fameux pénalty stoppé par Buffon...l'acte déterminant dans le dénouement de ce groupe d'un point de vue de la confiance qui rassemble aujourd'hui 75% de la performance d'un footballeur. 

L'histoire du football français continue dorénavant avec la phase qualificative pour la prochaine Coupe du Monde 2010, avec ou sans Domenech. Nos adversaires directs (Roumanie, Serbie, Autriche, Lituanie, Féroé) attendront les vice-champions du monde avec intérêt avec toutes les incertitudes liées à cette phase éliminatoire étalée sur dix-huit mois.

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